Jacques Voisin réélu président de la CFTC

Jacques Voisin réélu président de la CFTC  dans Information bandeauprudhomales

 Jacques Voisin réélu président de la CFTC 

Avant sa réélection à la présidence de la CFTC, le 31 octobre 2008, Jacques Voisin avait exposé sa conception d’un syndicalisme fondé sur les valeurs chrétiennes et soucieux d’affirmer un projet collectif, à distance de l’idéologie et du conservatisme.


A la différence de beaucoup d’ou­vrages centrés sur une personnali­té, les entretiens entre Jacques Voisin et l’économiste Philippe Arondel renseignent peu sur l’homme brillamment réélu à la tête de la CFTC mais apprennent beaucoup sur le projet d’une organisation syn­dicale qui fêtera l’année prochaine ses quatre-vingt-dix ans.

L’enfance du futur militant fut « belle, sans histoire ». Une mère aimante, un père doté d’une forte personnalité (ancien des Forces françaises libres, il fut député non-inscrit) qui lui a appris le respect du travail, de tout travail. Puis l’arrivée d’un jeune prêtre qui l’a tiré du cocon familial en lui faisant jouer avec d’autres jeunes de son village la Passion du Christ  : première expérience de la fraternité sur la terre natale du Nord. À rebours, il y eut l’expérience directe de l’injustice sociale dans la vie professionnelle. Au début des années soixante-dix, l’entreprise dans laquelle travaille Jacques Voisin est en proie à un violent conflit du travail sur la question des sa­laires. Les travailleurs en lutte, comme on dit à l’époque, n’ont pas de syndicat. Arrive un militant de la CFDT, très représentatif de sa phase gauchiste, autogestionnaire, mais en même temps très directif. Le courant ne passe pas avec les salariés, qui demandent à Jacques Voisin de trouver un compromis – sans compromission – avec la direction. Celle-ci demeurant fermée au dialogue, le dépositaire d’un mandat « sauvage » prend contact avec la CFTC de Maubeuge, y trouve bon accueil et s’engage au point de devenir très vite un militant permanent de la confédération.

Tel est, en son début, l’itinéraire personnel de l’homme. La suite se confond avec l’histoire de l’organisation qu’il préside aujourd’hui. Organisation relativement dis­crète, non par choix mais parce que les grands médias obéissent à une logique binaire alors que la doctrine de la CFTC va à l’encontre du manichéisme. À la télévision, dans la grande presse, il y a prime à la puissance (la CGT et la CFDT concentrent l’attention des chroniqueurs), à l’opposition du noir et du blanc, au rejet de tout ce qui pourrait ressembler à une « troisième voie » – simplement parce que les projets originaux sont longs à étudier et diffi­ciles à mettre en scène. Et puis, dans la société médiatique, la référence chrétienne n’est-elle pas une inconvenance  : datée, archaïque, « ringarde » ?

Le courage des militants de la CFTC, c’est de résister fermement, mais sans raidissements contre-productifs, à cette pression, dans l’esprit de la résistance à la « déconfessionnalisation » qui conduisit à la grande rupture de 1964 entre ceux qui décidèrent d’abandonner la référence chrétienne et ceux qui entendaient rester fidèles à eux-mêmes.

Avec une conviction inentamée par les thématiques de la « modernité », Jacques Voisin continue d’affirmer que sa Confédération doit tenir bon sur le socle de ses va­leurs  : « Nous inscrivons notre dé­marche revendicative dans un horizon à tonalité sociale chrétienne, un horizon humaniste construit par les grandes valeurs issues de l’histoire chrétienne ». A condition de respecter celles-ci, précise Jacques Voisin, les Français de confession juive ou musulmane ainsi que de nombreux agnostiques peuvent facilement adhérer à la CFTC  : le fait est qu’ils s’y sentent bien tant le principe du dialogue y est fondamental. La CFTC n’est pas un mouvement d’Église mais la référence chrétienne n’est pas formelle. Elle implique une conception de la vie sociale (dans l’entreprise et dans la société), de la vie au travail et du respect de la personne humaine.

Philippe Arondel le sou­ligne au fil de ses conversations avec Jacques Voisin  : la pensée sociale de la Confédération est directement issue de la doctrine sociale de l’Église et plus particulièrement de Rerum Novarum, d’une ac­tualité toujours saisissante comme l’attestent les citations qui concluent le livre  : « Si… l’ouvrier accepte des conditions dures que d’ailleurs il ne peut refuser, parce qu’elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l’offre de travail, il subit une violence contre laquelle la justice proteste ». D’où la revendication d’un juste salaire, pour que soit simplement respectée la personne humaine – qui est le plus souvent une personne ayant la charge d’une famille. Il ne s’agit pas de survivre, mais de vivre et de faire vivre, de travailler décemment « et même d’épargner ». Il faut aussi réhabiliter une authen­tique participation, permettant à chaque personne em­­ployée dans l’entreprise d’être associée à part entière à ses ambitions.

C’est la fidélité à ces principes exprimés en un projet précis qui explique que la CFTC ait été historiquement la seconde matrice du syndicalisme français comme le rappelle Philippe Arondel  : après la CGT fondée en 1895 selon les thèses de l’anarcho-syndicalisme puis divisée après la seconde guerre mondiale en une branche réformiste et une branche communiste, la CFTC a fait valoir dans la période troublée du début des années vingt puis en 1936 et à la Libération, une ligne ni conservatrice ni révolutionnaire. On oublie trop souvent le rôle de la CFTC dans l’élaboration de la charte du Conseil national de la Résistance, lors de la négociation sur la formation professionnelle en 1971 puis dans le lancement des cellules de reconversion sociale à l’époque où Jean Gandois présidait le patronat français.

Depuis le début du siècle, la lutte s’est durcie pour la CFTC qui est forcée de combattre sur plusieurs fronts pour défendre ses principes, son projet – et son existence même.

La lutte s’est durcie parce que le patronat s’est profondément transformé en devenant le Medef  : au lieu d’avoir affaire à des entrepreneurs, rudes dans les négociations mais attachés à leur entreprise et donc rarement indifférents au sort de leurs salariés, les syndicalistes ont été confrontés à des financiers avant tout préoccupés de la rentabilité de leurs capitaux et de la rémunération de leurs actionnaires.

Jacques Voisin met en évi­dence cette évolution ca­pitale, qui correspond à la « financiarisation » des économies américaine et euro­péennes. Il en résulte aujourd’hui une forte dégradation des rapports entre les partenaires sociaux car le Medef met radicalement en cause la hiérarchie des normes sociales afin que soient privi­légiés les accords au sein de l’entreprise. Comme les syndicats sont rarement présents dans les petites et moyennes entreprises, comme les salariés sont en état de dépendance vis-à-vis de leur employeur, le risque est grand que les accords passés contredisent le principe de justice. Selon sa conviction traditionnelle, qui remonte aux années trente, la CFTC défend les accords de branche professionnelle  ; elle refuse aussi les types de contrats défavorables aux salariés : son engagement dans la campagne unitaire contre le CPE (contrat première em­bauche) en 2006 – surprenante pour certains qui pensaient qu’il fallait être plus pragmatique – était pourtant inscrite dans la logique profonde de la Confédération chrétienne.

Autre front  : celui de la re­présentativité syndicale. Jacques Voisin refuse le « Yalta syndical » qui aboutirait, avec l’appui du Medef, à un partage du « marché » entre la CGT et la CFDT, au mépris du pluralisme syndical. Il croit possible de maintenir l’existence et l’indépendance de la CFTC et de développer les perspectives qui lui sont propres car elles offrent un recours à « tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans un syndicalisme de rupture sociale [la CGT] ou d’accompagnement des mutations néolibérales [la CFDT] ».

à l’intention de ces salariés, la CFTC offre un large éventail de propositions  : revitaliser les Bourses du travail, assurer la participation des salariés à la prise de décision dans l’entreprise, faire de l’Europe un bouclier contre la globalisation, lutter, dans la fidélité à la pensée sociale chrétienne, pour que « la formation du salaire [ne soit pas] abandonnée au seul jeu de l’offre et de la demande ».

À l’heure de la crise financière, qui révèle les impasses du « divin marché » et les effets catastrophiques de « l’argent fou », le dialogue entre Philippe Arondel et Jacques Voisin est d’une frappante actualité. On en recommandera particulière­ment la lecture aux salariés qui se demanderaient encore s’il est bien utile d’aller voter aux élections prud’homales le 3 décembre prochain.

Alexandre DA SILVA

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